Le potager minimaliste

Interview de Fabrice pour Le Potager Minimaliste : “La permaculture à tout changé !”

Pour cette première interview sur PotagerBalcon.fr , je suis ravie d’acceuillir Fabrice dont j’apprécie particulièrement le travail ! Jardinier paysagiste de formation, il a remis en question sa pratique et tout ce qu’il avait appris pour faire de la permaculture. Depuis quelques années maintenant, il s’en passionne et nous partage dans cet interview ses meilleurs conseils de façon simple et accessible. Retrouvez-le sur son blog pour découvrir d’autres pépites.

1. Peux-tu te présenter et nous parler de ton activité ?

Bonjour, je suis Fabrice et j’aide les personnes à faire de la permaculture en milieu urbain. J’ai un blog dans lequel je partage mes écrits sur le sujet. Tutoriels, grandes idées, partages d’expériences personnelles, etc… Je m’adresse principalement à ceux qui sont intéressés par la permaculture urbaine (jardinage sur balcons, terrasses, toits, jardins partagés, trottoirs, parcs publics, etc…) mais il y a aussi des personnes qui font de la permaculture dans leur jardin qui me suivent. Plus que des méthodes de jardinage, j’essaie de transmettre des idées et une philosophie dans mes écrits. La nature me donne toujours de grandes idées !

2. Qu’est-ce que la permaculture ?

La permaculture c’est l’art de trouver des problèmes (et surtout des solutions). Plus sérieusement, c’est compliqué de donner une définition de la permaculture. Je vais commencer par la brève description officielle. La permaculture c’est la contraction de deux mots : “permanent” & “agriculture” (agriculture permanente). C’est une “méthode” de jardinage inventé dans les années 70 par 2 Australiens sensibles à l’écologie (Bill Mollison et David Holmgren). Ils se sont fait le pari de faire un potager tout en s’inspirant et en respectant les lois du vivant. Depuis, la permaculture a bien évolué. Aujourd’hui, elle s’applique à tout un tas de sujets comme l’habitat, les relations humaines ou encore l’économie !

Laitue de Fabrice le potager minimaliste

En fait, la permaculture c’est de la pensée en systèmes… je m’explique… la plupart du temps, l’homme imagine son jardin potager comme quelque chose de linéaire dans le temps. Chaque année, il faut tout recommencer à zéro. Par exemple, au jardin on retourne la terre et sur le balcon on change le terreau. En permaculture, on imagine plutôt son jardin comme quelque chose de pérenne et de vivant qui évolue d’année en année. Comme un être vivant qui grandit et qui passe par plusieurs stades de développement. C’est un processus un peu lent, mais une fois que la machine est lancée, c’est explosif !

C’est comme dans la nature. D’ailleurs, la permaculture s’en inspire fondamentalement. Tout l’enjeu c’est de créer des équilibres naturels comme dans la forêt. Au lieu de constamment intervenir pour fertiliser ou lutter contre un ravageur, on va essayer de faire en sorte d’utiliser les forces de la nature pour que le maximum de problèmes se règlent naturellement sans que l’on ait à intervenir… Bref, il y a tant de choses à dire et je pense que je vais m’arrêter-là.


3. Comment t’es-tu intéressé à la permaculture et qu’est ce que cela à changé pour toi et ton environnement ?

Alors j’ai découvert la permaculture sur internet aux alentours des années 2010-2012. C’est une période où il y avait très peu d’informations là-dessus (contrairement à aujourd’hui !). À cette époque, j’avais commencé à m’intéresser à tout un tas de sujets comme l’écologie, l’alimentation et le minimalisme. Et quand j’ai découvert la permaculture, j’ai tout de suite compris que c’est ça que je voulais faire ! Je me souviens avoir été énormément inspiré par la vidéo du jardin d’Émilia Azelip. Mon premier livre sur la permaculture c’était “La permaculture de Sepp Holzer” (que je déconseille aux débutants, il m’avait pas mal refroidi par l’envergure des travaux que l’auteur avait réalisés pour créer son jardin en permaculture !).

Pour ce qui est du changement que cela m’a apporté, je dirais que ça a tout changé ! À la base, je suis jardinier-paysagiste et à force de m’intéresser à la permaculture, j’ai commencé à tout remettre en question dans ce que je faisais. Petit à petit, ma façon de jardiner a évolué et, aujourd’hui, c’est le cœur de mon activité. J’utilise aussi la permaculture sur des domaines de ma vie autre que le jardinage.

4. Pourquoi faire de la permaculture ?

Pour sauver le monde (et c’est déjà pas mal) ! Pour ce qui est de la permaculture au jardin (et en ville), je dirais qu’il faut pratiquer principalement parce que l’on aime la nature. Si, vous qui me lisez, vous aimez les petites pousses, les petites bébêtes, manger bio et recycler, je vous invite à récupérer quelques palettes et à commencer votre jardin de balcon en permaculture (ou même sur un simple rebord de fenêtre !). Plus il y aura de permaculteurs et de permacultrices dans ce monde, mieux il se portera. Et ce dans n’importe quel domaine !


Imaginez un monde où l’on donne d’abord plus d’importance aux connexions locales qu’aux
connexions mondiales… est-ce qu’un petit virus serait capable de tout mettre en déséquilibre
comme nous l’avons constaté ces derniers mois ? Nous avons besoin d’un monde résilient et
c’est une caractéristique que l’on retrouve dans la nature (et dans la permaculture).

Faire de la permaculture pour sauver le monde, c’est déjà pas mal !

Fabrice pour le potager minimaliste

5. Qui peut pratiquer la permaculture ?

Alors ça, c’est mon grand message : n’importe qui peut faire de la permaculture ! J’en suis
l’exemple parfait. Souvenez-vous. J’ai découvert la permaculture vers 2010 – 2012. Le problème, c’est que j’habitais en ville et que je ne me voyais pas tout quitter pour m’installer au fin fond de l’Ardèche. À cette époque j’avais un tout petit balcon où je faisais pousser quelques plantes, mais rien de très “permaculture” et surtout pas de plante comestible (j’avais un blocage avec le fait de faire pousser des légumes dans du terreau industriel).

Bref, quelques années plus tard j’ai déménagé dans un appartement un peu plus “à la campagne” avec une petite terrasse de 8 m² juste devant ma porte d’entrée. Un jour, après avoir discuté “culture en
lasagne” avec un collègue de boulot, j’ai décidé de tester cette méthode (très connue en permaculture), dans les 2 sacs cabas que j’avais dans ma voiture et qui me servaient de sacs de courses à la base.

lombricompost le potager minimaliste

Puis, une fois la saison terminée, quand j’ai vu que mes plants de tomates avaient hyper bien poussé là-dedans, c’est là que tout a démarré pour moi. J’ai récupéré plein de palettes pour construire des jardinières, une petite serre et un lombricomposteur. Le tout sur ma petite terrasse de 8 m² et grâce à l’outil principal de la permaculture : “le design”. Je me suis lancé le défi de faire de la permaculture en pots de fleurs de la graine à l’assiette.

Et elle est là la magie de la permaculture. Même si l’on n’a pas de terrain on peut créer un sol vivant et fertile sans acheter un seul sac de terreau. Même sans terrasse ou sans balcon d’ailleurs ! Cette année, je teste la culture en lasagne dans mon appartement (dans un pot !) et pour le moment ça fonctionne ! (c’est un peu plus long à démarrer, mais ça marche) Bref, qui et où que vous soyez, vous pouvez lancer un jardin en permaculture ! Vous n’êtes pas obligé d’avoir des hectares de terrain.

6. Tu jardines en terrasse et dans un jardin partagé, quelles sont les différences ? Quels
avantages tires-tu de pratiquer la permaculture à la fois en pleine terre et en pot ?

Oui, l’année dernière j’ai lancé un jardin partagé dans mon village. Malheureusement, aujourd’hui il n’est plus que partagé avec moi-même XD (problème d’entente avec les personnes, mais le jardin n’a pas dit son dernier mot…). Bon, j’avoue. J’ai aussi mes torts dans cette histoire (je suis un peu têtu et solitaire). En tout cas, le jardin est toujours accessible et je continue à y aller.

Pour ce qui est du fait de cultiver à la fois en pots de fleurs et en pleine terre, et bien je dirais que c’est très bien pour plusieurs raisons. Déjà, le fait d’avoir un jardin en pot près de son lieu de vie (que ce soit une terrasse ou un balcon) c’est beaucoup plus intime et facile à gérer. Un jardin partagé c’est (généralement) plus un lieu où l’on va pouvoir échanger avec d’autres jardiniers (c’est un peu comme si on allait boire une bière sauf que là, on jardine). On peut y faire quelques boutures de plantes sauvages et locales ou cultiver des plantes un peu plus difficiles à jardiner en pots de fleurs comme les cucurbitacées ou les arbres fruitiers.

Jardin partagé le potager minimaliste

Mais comme je vous le disais, ce n’est pas toujours facile de s’entendre au jardin partagé (surtout dans un endroit où tout le monde jardine sur la même parcelle) ! Il y a une citation qui que “Seul, on va vite. Ensemble, on va plus loin”…

Un autre avantage que j’ai pu constater, c’est que le fait d’avoir déjà une terrasse bien lancée avant de commencer un jardin en plus c’est qu’on peut accélérer le processus. Par exemple, lorsque j’ai lancé le jardin partagé j’avais tout un tas de plantes à bouturer et transplanter issues de mes pots et jardinières (et j’avais aussi constitué un stock de graines).

Avec mon lombricomposteur j’ai aussi pu lancer rapidement un compost et des cultures en lasagnes (grâce aux vers de lombricompost). Et, par la suite, grâce à la serre que j’ai sur la terrasse, j’ai juste eu à produire plus de semis pour alimenter le jardin partagé. Par contre, la grande différence entre le jardin et le pot de fleurs c’est l’arrosage ! L’année dernière je n’ai arrosé qu’une seule fois le jardin partagé en juillet-août, alors que sur ma terrasse j’ai eu quasiment tous les jours quelque chose à arroser ! Mais c’est un plaisir… Bref, si je n’avais qu’un conseil à donner c’est de commencer par vous occuper de votre terrasse avant de rejoindre un jardin partagé !

7. Comment débuter la permaculture sur un balcon ? Quels conseils donnerais-tu à un débutant ?

En permaculture, on débute toujours par un temps d’observation… posez-vous des questions
comme :
Quel est votre climat ?
Quelle est votre exposition ?
Combien d’heures de soleil par jour reçoit votre balcon ?
Avez-vous un balcon qui prend la pluie ou est-il couvert ?
Avez-vous la possibilité de récupérer l’eau de pluie ?
Etc…
Puis, fixez-vous des objectifs :
Quels types de plantes voulez-vous cultiver ?
Quelles sont vos priorités ? Récoltes comestibles ? Les graines ?
Etc…


Ensuite pour démarrer, faites une liste de tout ce que vous avez comme ressources gratuites à
disposition chez vous et autour de chez vous (bois de palettes pour les jardinières, feuilles mortes et épluchures de légumes pour la culture en lasagnes, pots de fleurs d’occasion sur le bon coin, graines dans les grainothèques du quartier ou de la bibliothèque, etc…).

récup le potager minimaliste


Et, s’il y a des jardins partagés dans votre quartier, allez les voir. Ils auront peut-être de bons
plans à vous proposer et pourquoi pas quelques graines et quelques boutures !
Vous pouvez aussi faire du lombricompostage et, pourquoi pas, récupérer la matière
organique (épluchures de fruits et légumes) de vos voisins de palier.
En ville la plus grande ressource c’est l’humain, alors, n’oubliez pas de créer du lien !

8. Une question à laquelle tu aimerais répondre et que j’aurai oublié ?

Oui. La permaculture urbaine n’est pas une utopie. Certes, vous n’allez pas nourrir votre famille avec quelques pots de fleurs sur votre balcon, mais il faut bien partir de quelque part ! Rome ne s’est pas construit en un jour. En ville, nous avons besoin de plus de parcs, de plus de jardins, de plus de balcons végétaux, etc… Il faut de la verdure quoi ! Et je ne pense pas que les politiques aient le pouvoir de changer ça. C’est à nous de créer le monde de demain.


Fabrice, pour le potager minimaliste.

Merci à Fabrice pour cet interview riche ! Si vous voulez en savoir plus sur la permaculture, vaste sujet dont je ne doute pas, nous allons continuer d’entendre parler dans les années à venir, Fabrice donne un cours bihebdomadaire sous forme de mail et entièrement gratuit.

Si vous avez des questions ou des remarques sur la permaculture, partagez-les dans les commentaires 😉…

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